Moments de vie de classe - "C'est pas grave !"

"C'est pas grave !"

S. prononce cela avec empathie, voyant IK. pleurer tandis que nous faisons son bilan de plan de travail.

Le bilan du plan de travail est un moment très attendu par les élèves. Car c'est ce bilan qui sanctionne la quantité et la qualité du travail réalisé pendant les temps en autonomie dans la classe. De ce bilan découle le degré d'autonomie pour le plan de travail suivant. Le degré d'autonomie signe quant à lui la capacité d'un élève à répondre de manière autonome au travail demandé en classe. Le plan de travail se déroule sur 15 jours, à raison d'au moins une séance de 45' par jour, parfois il y a une séance supplémentaire de 30 minutes certains soirs. Le temps d'accueil du matin (9h-10h15) est lui aussi partie prenante du plan de travail avec les rituels du jour, comme la phrase du jour, la numération ou encore le calcul.

Voici le plan de travail utilisé par les élèves :

Plan de travail

Je dispose de quatre degrés d'autonomie :

  • Le degré 1 : C'est la symbiose (ou dépendance). Un élève en degré 1 n'arrive pas à se mettre au travail seul, il a besoin constamment de l'enseignant. L'enseignant lui donne un travail, il doit le faire.
  • Le degré 2 : C'est la contre dépendance. L'enseignant est toujours présent dans le choix du travail à faire, cependant l'élève peut dire "non" et justifier sa réponse. L'enseignant décide alors si l'élève a fait preuve d'autonomie ou non.
  • Le degré 3 : C'est l'indépendance. L'élève choisit son travail à faire tout seul et il le fait.
  • Le degré 4 : C'est l'inter dépendance. L'élève choisit son travail seul et il le fait. Il en fait même beaucoup, et peu en plus aider un degré 2 d'autonomie à s'organiser.

Le temps du bilan dans ma classe est un temps stressant pour les élèves. Même si certains savent très bien ce qu'ils ont fourni comme travail et donc à quel degré d'autonomie ils peuvent prétendre (et ce n'est pas toujours un degré 4). D'autres au contraire sont dans le rêve et pensent qu'ils pourront devenir degré 4 sans avoir fourni la quantité de travail nécessaire.

Pour éviter d'être subjectif dans ma décision, je leur fournis un maximum de repères tangibles qui vont les aider à savoir où ils en sont.

Plus le degré d'autonomie est élevé, plus il est possible de faire de projets et d'exposés. Ce qui n'implique pas qu'un degré 1 ne peut pas faire d'exposé, puisque c'est moi qui décide s'il peut le faire ou pas. C'est d'ailleurs très pratique pour moi, car je peux facilement jouer sur cette motivation extrinsèque pour amener en douceur un élève à faire le travail scolaire d'entrainement, nécessaire aussi aux apprentissages.

degré 2 repère

 

"Si c'est grave !" et je rajoute même "C'est grave pour elle ! Et c'est normal, elle a le droit de pleurer. Cela montre qu'elle accorde de l'importance à ce qu'elle fait dans la classe. Elle a progressé, elle voit qu'elle a encore du travail à fournir. Cette tristesse va aussi lui permettre de se projeter dans le prochain plan de travail avec encore plus de volonté."

Et la magie des mots opère. S. change de posture soulignant alors les réussites d'IK, lui expliquant ce qu'elle peut faire pour réussir à passer au degré 2 la fois prochaine. La coopération est en marche.

Finalement, quand je vois une de mes élèves, pour qui c'était le premier plan de travail de l'année (elle était non lectrice au début d'année, assez peu mûre dans sa posture d'élève) et qui enfin prend à cœur (le cœur c'est les émotions) son travail et sa présence en classe et qu'elle commence à avoir envie d'apprendre non par peur de représailles mais bien pour grandir. Je me dis alors que je suis au boulot, et j'aime ce que je fais.

 

PS : Vous pouvez télécharger ici, mes affichages explicatifs du temps de plan de travail à destination du remplaçant (ZIL REP+) mais aussi des élèves (nous l'avons d'ailleurs construit ensemble).