La culp'habileté

Arrêtons de développer notre culp'habileté ! "Il n'y a pas de profs parfaits"

J'empeinte ce titre à Isabelle Filliozat "il n'y a pas de parents parfaits".

La culp'habileté regroupe deux termes :

Culpabilité, sentiment négatif de nous-mêmes mêlant honte  et mépris. La culpabilité serait le fruit de notre recherche de perfection, pour nous même ou dans l'autre.

Habileté, capacité que nous portons à son summum.

Je culpabilise ?

Certains enseignants culpabilisent de ce qui se passe dans leur classe. S'il y a du bruit, c'est de leur faute. Si les élèves ne réussissent pas, c'est de la faute de l'enseignant. Cette culpabilité leur pèse et les empêche d'avancer et de changer. Peut être est-ce même un bénéfice secondaire, leur permettant d'être dans la plainte et de surtout ne rien modifier. Bloqué dans ce scénario de vie professionnelle, les élèves en pâtissent avec des cours de moins en moins structurés, ce qui confirme finalement la croyance de l'enseignant dans son incapacité et donc qu'il a bien raison de se plaindre.

La boucle est bouclée. Chaque situation renforçant alors cette croyance sur soi, augmentant là encore la culpabilité. Un peu comme quelqu'un qui mange du chocolat sans pouvoir s'arrêter tout en se disant que ce qu'il fait c'est très mauvais pour lui. La culpabilité sert donc la passivité du sujet face à son problème. Nombreux sont ceux qui en souffrent et n'arrivent pas à en sortir.

Moi, élève, je les appelais les mauvais profs

Heureusement que j'ai grandi et que j'ai appris ce que la vie apporte comme souffrances. Maintenant, je compatis profondément à leur souffrance et je les invite à sortir de leur passivité. C'est possible.

Je te culpabilise ?

D'autres refusent de sentir cette souffrance, cette honte, cette douleur. Rejeter la culpabilité sur les autres devient alors la solution.

Certains la rejettent sur les enfants.

Insultes, cris, violences "éducatives" en tout genre, pleuvent sur ces élèves, leur faisant porter le poids d'une culpabilité qui n'est pas la leur. Il est normal de ne pas savoir à l'école, il est normal de faire des erreurs. Pour ces profs, chaque situation permet d'enrichir le panel de "perles" des élèves. Cela évite de se remettre en question. C'est aussi un bénéfice secondaire, évitant de sentir l'impuissance à aider, tout en plaçant l'enfant dans l'impuissance à apprendre afin de confirmer ce diagnostique. C'est ainsi que j'analyse la croissance de diagnostiques d'hyperactivité, de dyslexie, de dys en tout genre. En fabriquant la difficulté scolaire de toute pièce car ils fixent des objectifs inatteignables par certains élèves qui deviennent coupables de leur échec tout en confirmant la justesse du regard de soi-disant professionnel de l'enseignant.

D'autres la rejettent sur les parents.

Incapables, absents, étrangers, incultes. Là encore les noms d'oiseaux pleuvent. Le parent redevient enfant dans le système scolaire, activant ses mécanismes archaïques de défenses développés lors de son propre passage dans le système. Soumission : certains parents ont fait des punitions données par un enseignant, rébellion : les cas d'agression envers les enseignants ne sont pas rares, certains peuvent s'analyser au travers de la culpabilisation par l'enseignant du parent. Cela évite aussi à l'enseignant de faire son travail, d'aider les enfants à réussir, à progresser et à soutenir le désir d'apprendre. Pardi, c'est de la faute des parents.

Ces profs aussi nous les avons rencontrés en tant qu'élèves, je me souviens que j'en avais peur, d'autres diront qu'ils détestent les maths à cause d'un prof culpabilisant. 

Je les appelais les méchants profs.

Heureusement que j'ai grandi et que j'ai appris ce que la vie apporte comme souffrances. Maintenant je compatis profondément, car eux aussi ils souffrent et fuient leurs problèmes. Et je ressens aussi de la colère, car je trouve cela injuste que les enfants portent une culpabilité qui n'est pas la leur. De cette énergie qui me construit, je tire la force d'aider mon enfant à ne pas subir, à comprendre le système et à décider de ce qu'il souhaite en faire, pour ne pas se faire détruire.

Une troisième voie ?

Ces deux caricatures de profs font le lit de bien des souffrances professionnelles et personnelles. Heureusement, il existe, au moins, une troisième voie.

D'autres profs décident de ne pas être coupables, qu'ils ont aussi le droit de faire des erreurs. Que de ces erreurs, ils peuvent tirer un apprentissage, un perfectionnement, une véritable professionnalisation. Qu'ils ont aussi un devoir de réparation et que cela fait grandir le respect et l'humanité au sein de la classe.

Ils décident d'être auteurs de leur vie professionnelle. Ils décident que tous les enfants ont le droit de faire des erreurs et que cela en est même nécessaire. Ils acceptent la spécificité de chacun et le rythme propre de chacun. Ils cherchent et coopèrent pour trouver toujours de nouvelles idées, de nouvelles façons d'aider chacun des enfants qui leur sont confiés à s'épanouir.

Ceux-là, j'en ai eu aussi quand j'étais élève, et maintenant je les côtoie en tant que praticien. Et avec eux, je cherche à travailler au maximum dans l'enthousiasme et le désir d'apprendre, dans la vie. Ceux là je les appelle, les praticiens-pédagogues.

Et maintenant que j'ai grandi, j'ai appris ce que la vie apporte de souffrances. Aussi suis-je conscient que rien n'est aussi simple, tranché. Nous avons en nous, une part de chacun de ces profs, plus ou moins exacerbée et c'est un travail quotidien pour aider à faire grandir notre part de praticien-pédagogue, et minimiser les deux autres. C'est le fruit d'une recherche de professionnalisation et non de perfection. Ceci participe d'ailleurs du bien être au travail. L'intelligence émotionnelle et relationnelle est une des clés de ce travail quotidien.

Cédric Serres