Une école inclusive ! 

Après 15 ans d’enseignement dans l’Education Nationale, nous avons ouvert l’école Terre et Crayons. LogoTC final petit

Notre premier objectif est d’organiser la mixité dans l'école de façon à ce que chacun·e apprenne à vivre ensemble, à repérer chez l'autre ses différences, à savoir se connecter avec ce qui nous rassemble, développer l'empathie.

L'âge, le genre, les difficultés ou les facilités scolaires, la culture d'origine, la catégorie socio-professionnelle, la présence d'un handicap, d'un dossier MDPH (Dys, TDA, TDAH, autres) sont quelques-uns des critères avec lesquels nous essayons de jongler pour rendre l’école représentative de la société mais également faire école pour faire société.

Notre deuxième objectif est de permettre à chacun·e d'être exigeant·e avec lui-même et de l'amener au plus haut niveau de ses capacités.

Comment gérer cette double contrainte avec une telle hétérogénéité de classe, tant dans les niveaux que dans les âges ? 

Pendant la classe :

L'encadrement des 28 élèves est constitué de : 2 enseignants, 1 AVS par enfant en situation de handicap (4 AVS cette année, 3 mi-temps et 1 temps complet) 2 services civiques (sur 8 mois).

L'organisation de la classe à l'aide des pédagogies institutionnelles et coopératives nous permet de créer à la fois un esprit de groupe et un suivi personnalisé. 

Chaque élève dispose d'un plan de travail. Sur l'ensemble des 28 élèves, nous organisons 4 niveaux d'apprentissages différents. Cela correspond à du matériel différent, des attentes différentes, un soutien différent. Nous utilisons des outils qui permettent la différenciation pédagogique, PIDAPI, PTID'API, les fichiers lecture PEMF, PIDMANIP. Nous avons également mis au point une série d'ateliers pédagogiques qui permettent de faire un roulement. Des ordinateurs et des tablettes permettent également d'accéder à des sites spécifiques comme Quizlet ou Learning Apps sur lesquels les élèves s'entrainent d'une autre manière. 

L'ensemble de ces dispositifs servent à la gestion de l'hétérogénéité d'âge et de niveau usuels.

Certains élèves ne sont pas encore capables d'utiliser un plan de travail, le choix étant une source d'anxiété et de stress, ils utilisent alors une feuille de route et la guidance des enseignant·es est encore plus prégnante. 

Pour les élèves dyslexiques, nous utilisons, entre autres, les outils de la méthode Davis, autrement appelé le D.L.S (Davis Learning Strategies). 

Le premier outil s'appelle le R.A.C. (Relâchement, Attention, Compteur d'énergie). Un·e élève est responsable du guidage de cette séance et lit les procédures que les élèves appliquent. Ces trois procédures sont intéressantes et bénéfiques à l'ensemble du groupe. Les élèves avec des troubles de l'attention ou de l'activité en ressentent du bienfait. Comme pour toutes stratégies, il faut que les élèves adhèrent à leur utilisation et qu'ils en aient ressentis le besoin. Nous y travaillons quotidiennement par du renforcement positif lorsque nous voyons qu'un·e élève les utilise, ou à l'inverse lorsqu'ils devraient être utilisés nous incitons l'élève à les mettre en place. 

Le second outil s'intitule "la maitrise des symboles". Il s'agit de repérer quelques-uns des mots déclencheurs d'une désorientation ou d'une difficulté à écrire (comme hier, dans, chez…), ensuite les trois dimensions du symbole : l'écriture, le son et le sens, sont travaillées à l'aide de la pâte à modeler. Une image mentale est construite par l'enfant. Il ou elle devient alors capable de retrouver cette image pour écrire et lire par la suite. 

Ces outils ne sont pas thérapeutiques, il est nécessaire pour les enfants de suivre un stage avec un facilitateur Davis. En revanche, au sein de la classe, ils offrent aux élèves des possibilités d'être en réussite, d'avoir un apprentissage qui s'adapte à leur mode de pensée plutôt visuel que textuel. Ainsi regagnent-ils en confiance en eux et osent-ils s'engager davantage dans les apprentissages. 

 

Chaque plan de travail impose d'écrire un texte libre. Nous avons choisi d'utiliser l'ordinateur pour écrire les textes. La suite libre office propose une barre d'outils qui permettent d'écrire et d'entendre ce qui est écrit. Cela est déjà une bonne aide. Néanmoins pour certains élèves, la dictée à l'adulte est de mise. Ce qui prime dans notre intention, c'est de travailler la cohérence du texte. Pour les corrections orthographiques, ceux qui en sont capables sont invités à rectifier les erreurs repérées par un code de correction, pour les autres, nous corrigeons la majorité et nous demandons à l'élève une activité qui sera moins couteuse en temps et en attention, mais toutefois dirigée vers un apprentissage en cours. Si l'élève est en train de travailler l'utilisation des adjectifs qualificatifs, nous lui demanderons d'en rajouter à certains endroits définis. Si pour un autre, c'est l'accord dans le groupe nominal alors nous lui repèrerons et il s'en chargera. 

Je garde précieusement en moi la joie intense qui se dégage des élèves lorsque nous imprimons leur premier petit livre (merci les éditions Célestine). Eux qui pensaient ne jamais être capable d'en écrire un et qui se fermait à la possibilité même d'en inventer. J'observe que cette joie devient un soutien pour la suite de leurs apprentissages. Ils ou elles se mettent au travail alors avec plus d'ardeur et regagnent en estime de soi. 

Les dys… sont des handicaps, il devient alors nécessaire de proposer des solutions pour compenser ces handicaps. Au même titre qu'une hémiplégie demande qu'on utilise un fauteuil roulant pour se déplacer, une myopie des lunettes, un·e élève Dys a le droit à des outils compensatoires. 

 

Après la classe

Un suivi régulier avec les parents de l'enfant est nécessaire. L'école est ouverte aux parents, quand ils le souhaitent et le peuvent, ils participent à la vie de la classe pour un temps. Certain·es en profitent, d'autres pas, cela est libre. Nous engageons les parents à nous rencontrer dès qu'ils ont des doutes, des craintes ou des incompréhensions. Nous sommes à leur écoute et cherchons ensemble des solutions. Les parents connaissent mieux leur enfant que nous, en revanche nous observons leur enfant dans des situations qu'ils ne maitrisent pas. Ainsi, ce croisement de regards nous permet de construire des solutions en continuité avec la maison.  

 

 

Conclusion

S'adapter aux handicaps revient à proposer des situations qui permettent à l'enfant de se sentir grandir et évoluer au sein du groupe. Faire de l'inclusion sans proposer d'adaptation est dangereux pour l'enfant, pour le groupe, pour l'enseignant, pour l'idée même que l'on se fait du handicap dans notre société. L'école se doit d'être inclusive, pour cela elle doit oublier d'être le moule et (re)devenir le terreau nécessaire à l’éclosion de chacun et chacune. Cela est la responsabilité des enseignant·es dans leur classe mais également la responsabilité des dirigeant·es de proposer un cadre de travail permettant les adaptations : du personnel formé et des formations adaptées.